jeudi 10 décembre 2009

Démocratiser le CNAM

"les défauts de la démocratie exigent plus et non pas moins de démocratie" Amartya Sen

Un de grands bénéfices de la modification des statuts du CNAM réside dans la promesse de démocratie qu’elle engage. Le règlement intérieur fournit l’opportunité de concrétiser cette promesse, notamment dans les dispositions qui définiront les modalités de gouvernance des futures composantes du Conservatoire. Certes, l’architecture future de composantes est une question importante, mais leurs modalités de gouvernance le sont encore plus. Il faut saisir l’occasion pour rédiger des nouvelles et audacieuses règles de la gouvernance des composantes marquant un progrès par rapport à la composition des conseils de département actuels. Il ne s’agit pas seulement, ni même prioritairement, de savoir comment on va désigner les responsables des composantes, mais également de définir les modalités de composition des Conseils dont seront dotés les futures composantes de façon à ce qu’elle reflètent de façon plus équitable la diversité des personnels qui font vivre le Conservatoire.

C’est une des conditions du redressement du CNAM. En effet, une des sources des difficultés nombreuses qu’affronte le CNAM gît dans le déficit démocratique de notre fonctionnement. Les inégalités de représentation des différentes catégories de personnels sont un mauvais signal envoyé aux personnels. Elles signifient la non reconnaissance du travail, et elles diminuent la légitimité des décisions des instances, et donc leur efficacité. Les organisations modernes ne peuvent fonctionner selon des modalités hiérarchiques d’un autre temps.

Faire le pari de la démocratie n’est pas seulement une question d’égalité de droits, elle est aussi une condition de performance. Il en va des établissements d’enseignement supérieur comme des États, les institutions démocratiques sont plus performantes que les institutions autoritaires. Plus performante d’un point de vue démocratique s’entend, c’est-à-dire plus efficace et plus réceptive aux attentes des administrés.

Il en va de même pour le CNAM, dont le personnel, tous les personnels, constituent la ressource principale. Dans les unités d’affectation des personnels, les Conseils doivent se composer sur une représentation plus équitable de tous les personnels. Dans les composantes de formation et de recherche qui sont des unités d’affectation des personnels, ces conseils pourraient ainsi être constitué sur la base de quatre quarts : un quarts de profs, un quart de MCF, un quart de Biatos, un quart d’autres (élèves, représentants des CRA, personnalités extérieures, membres de droit). Une telle répartition est loin de constituer une représentation proportionnelle. Les enseignants-chercheurs conservent la moitié des sièges, avec certes une représentation plus équitable de ses différentes catégories.

Au CP, un collègue a émis des doutes sur la légitimité de tous les personnels à composer ainsi les conseils de ces unités de formation et de recherche. Il ne s’agit pas d’affirmer l’égale légitimité de tous à décider de tout au CNAM. Dans les activités professionnelles spécifiques des différents corps de métier, il est bon qu’une place éminente soit réservée aux personnels les plus concernés. Etant donnée la centralité des questions d’enseignement et de recherche, il est souhaitable dans les unités de formation et de recherche que les enseignants chercheurs soient sur-représentés. Mais il est contreproductif de marginaliser pour autant la représentation des autres parties prenantes de nos activités. Dans des composantes de formation et de recherche, dont il est ici question, avec quatre quarts, la fonction prééminente des enseignants-chercheurs est prise en compte. Avec un quart des sièges, la place statutairement privilégiée des professeurs est respectée. La place équivalente des MCF, plus nombreux, est revalorisée, comme celle des très nombreux Biatos qui font fonctionner l’établissement. En effet, le Conseil des futures écoles ne traite pas du contenu des enseignements et de la recherche, elle traite de l’organisation globale de ces activités, des procédures, des questions de personnels. Pour les questions stratégiques, la présence des enseignants-chercheurs est plus importante dans les conseils scientifique et de formation, sans parler des sessions restreintes, réservées aux enseignants-chercheurs, qui prennent des décisions importantes les concernant. Nul doute que les écoles pourront mettre en place des commissions pédagogiques composée selon d’autres modalités pour traiter plus spécifiquement des questions de formation.

Avec des conseils ainsi mieux enracinés dans les personnels du CNAM, nous serons ainsi mieux éclairés dans nos choix. La démocratie n’est pas tant une question de pouvoir qu’une modalité de vivre et d’agir ensemble, de reconnaître l’égale dignité de tous dans leur contribution à la vie de la cité, à la vie du Conservatoire.

1 commentaires:

  1. Je partage la préoccupation d'Antoine Bevort et cpnsidère cette proposition comme globalement équilibrée. Ceci étant je modérerai l'affirmation concernant l'objet des écoles lesquelles si elles n'ont pas vocation à définir les modalités dans lesquelles peuvent être organisées la mise en oeuvre des contenus pédagogiques ou celle des développements de la recherche, auront à organiser et coordonner d'une part l'ingénierie pédagogique au regard de la demande provenant du marché en recherchant dans les différentes spécialités les réponses la mieux appropriées et d'autre part les réponses offertes par les différents laboratoires de recherche au cahier des charges qui lui aura été adressé.

    Denis Dubois

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